{"id":136,"date":"2015-03-19T16:54:00","date_gmt":"2015-03-19T15:54:00","guid":{"rendered":"https:\/\/julielimoges.wordpress.com\/?page_id=136"},"modified":"2015-03-19T16:54:00","modified_gmt":"2015-03-19T15:54:00","slug":"la-mere-de-toutes-les-meres-extrait","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/julie-limoges.fr\/?page_id=136","title":{"rendered":"Extrait : La m\u00e8re de toutes les m\u00e8res"},"content":{"rendered":"<div style=\"overflow:hidden;text-align:justify;\">\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><span style=\"font-size:140%;color:#666;\"><b>La m\u00e8re de toutes les m\u00e8res<\/b><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"Standard\">Bien avant d&#8217;atterrir sur ce monde poubelle, j&#8217;avais connu la mer, la vraie, celle qui s&#8217;\u00e9tirait jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;horizon, bleue et houleuse. Elle inspirait les po\u00e8tes, intimidait les marins et bravait jour apr\u00e8s jour la domination des hommes. Il m&#8217;arrivait souvent de r\u00eaver du ciel d&#8217;azur et de la caresse du vent, de me souvenir de mes promenades sur les grandes digues au son des vagues. Je me rappelais alors combien j&#8217;avais aim\u00e9 \u00e9couter le roulement ent\u00eatant de l&#8217;oc\u00e9an tandis que j&#8217;y trempais mes pieds en compagnie d&#8217;Annabelle. Oh\u00a0! Dieu que je ne comprenais plus ma d\u00e9cision de venir m&#8217;\u00e9chouer dans ce trou.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Que diable pouvait m&#8217;apporter cette plan\u00e8te \u00e0 l&#8217;odeur de soufre et au ciel de sang\u00a0?<\/p>\n<p class=\"Standard\">L&#8217;argent\u00a0? Sans doute, si la compagnie daignait un jour me verser tous les arri\u00e9r\u00e9s de paiement.<\/p>\n<p class=\"Standard\">La sant\u00e9\u00a0? S\u00fbrement pas\u00a0: d\u00e9clar\u00e9 respirable par les autorit\u00e9s, l&#8217;air restait n\u00e9anmoins satur\u00e9 de tout un tas de cochonneries qui encrassait les poumons.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Le bonheur\u00a0? Pourquoi pas\u2026 Apr\u00e8s tout, c&#8217;\u00e9tait ici qu&#8217;Annabelle se pr\u00e9parait \u00e0 donner naissance \u00e0 notre enfant. Une sorte de petit miracle.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Le taux de natalit\u00e9 frisait le nul sous les d\u00f4mes de la colonie install\u00e9e sur le continent nord. Certes, les vastes baies vitr\u00e9es prot\u00e9geaient les familles de l&#8217;atmosph\u00e8re charg\u00e9e de soufre, mais elles \u00e9crasaient aussi le moral de la population d\u00e9j\u00e0 assomm\u00e9e par la p\u00e9nombre perp\u00e9tuelle de ce monde. Malgr\u00e9 les efforts du gouvernement central, les syst\u00e8mes plan\u00e9taires frontaliers restaient peu attractifs pour les colons et les arriv\u00e9es de navettes civiles ne d\u00e9passaient plus la dizaine par trimestre. Seuls les immenses navires-cargo prenaient encore leur envol des docks. Leurs silhouettes intimidantes striaient le ciel rougeoyant, \u00e9normes ventres m\u00e9talliques gorg\u00e9s de p\u00e9trole.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Ah\u00a0! le p\u00e9trole\u2026<\/p>\n<p class=\"Standard\">Quelle avait d\u00fb \u00eatre la stupeur des premiers explorateurs en atterrissant ici\u00a0! \u00c0 l&#8217;air libre, des quantit\u00e9s astronomiques d&#8217;or noir les attendaient, comme offertes. Pas une goutte d&#8217;eau, mais un oc\u00e9an d&#8217;hydrocarbure, sombre et huileux \u2013 un vrai r\u00eave d&#8217;industriel\u00a0!<\/p>\n<p class=\"Standard\">Un cauchemar pour la main-d&#8217;\u0153uvre. Jour apr\u00e8s jour, confin\u00e9 dans les gigantesques usines du continent sud, j&#8217;avais pomp\u00e9 le pr\u00e9cieux liquide \u2013 un travail de titan au milieu de tuyaux monumentaux et de machines bourdonnantes. Extraire vite, toujours plus vite. Toujours plus, aussi. La soif de l&#8217;humanit\u00e9 semblait insatiable. Les employ\u00e9s trimaient dans la cath\u00e9drale d&#8217;acier comme des fourmis dans leur terrier\u00a0: sans interruption.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Pourtant, quand les cong\u00e9s arrivaient, peu d&#8217;ouvriers entreprenaient le p\u00e9riple qui les m\u00e8nerait vers le nord, au-del\u00e0 de la mer, sur l&#8217;unique autre continent de la plan\u00e8te. Apr\u00e8s tout, qui endurerait un si long voyage pour rejoindre les b\u00e2timents globulaires de mornes cit\u00e9s-dortoirs\u00a0? Qui, \u00e0 part moi\u00a0?<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je voulais tant regagner la ville que je m&#8217;\u00e9tais engag\u00e9 \u00e0 bord de la <i>Go\u00e9lette<\/i>, un modeste navire de fret de la taille d&#8217;un chalutier industriel, pour une travers\u00e9e de tous les dangers.<\/p>\n<p class=\"Standard\">De nombreuses emb\u00fbches mena\u00e7aient ceux naviguant sur la mer de p\u00e9trole situ\u00e9e entre les deux continents. Les \u00ab\u00a0feux de mer\u00a0\u00bb d\u00e9vastaient de vastes zones pendant des ann\u00e9es. Les \u00ab\u00a0bitumeuses\u00a0\u00bb pi\u00e9geaient les bateaux dans leurs plaques inextricables. Et ces fichus vers qui emm\u00ealaient leur corps flasque dans les propulseurs\u00a0! Les trois mille kilom\u00e8tres qui s\u00e9paraient les deux terres \u00e9merg\u00e9es avaient vu dispara\u00eetre nombre de vaisseaux, du plus petit ferry au plus grand tanker. On avait alors interdit les d\u00e9placements maritimes et impos\u00e9 les trajets en avion. Des trajets soumis \u00e0 de longues listes d&#8217;attente depuis que le transit de fret vers le continent nord avait explos\u00e9. Je n&#8217;avais pas trois semaines \u00e0 perdre \u2013 Annabelle allait accoucher \u2013 et quand bien m\u00eame mes coll\u00e8gues m&#8217;avaient conseill\u00e9 de ne pas tenter le diable, j&#8217;avais accept\u00e9 l&#8217;offre de cet escroc d&#8217;Harvill.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Neuf jours, pas un de plus\u00a0! Voil\u00e0 ce qu&#8217;il m&#8217;avait vendu\u00a0!<\/p>\n<p class=\"Standard\">Cinq \u00e9taient pass\u00e9s, mais la <i>Go\u00e9lette<\/i> et son \u00e9quipage ne paraissaient pas devoir rejoindre les c\u00f4tes avant des ann\u00e9es. La paye et la promesse d&#8217;une arriv\u00e9e rapide m&#8217;avaient aveugl\u00e9 et, alors que je consid\u00e9rai l&#8217;oc\u00e9an de p\u00e9trole, je r\u00e9alisais l&#8217;ampleur de mon erreur.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Un p\u00e2le soleil disparaissait au sud \u2013 ses lueurs rouge\u00e2tres mourraient sous la vo\u00fbte bordeaux \u2013 et d\u00e9j\u00e0 un autre se levait \u00e0 l&#8217;ouest. Nulle fra\u00eecheur ne caresserait ma peau\u00a0; nulles t\u00e9n\u00e8bres ne m&#8217;inviteraient au sommeil\u00a0: la temp\u00e9rature comme la p\u00e9nombre restaient toujours les m\u00eames. La plan\u00e8te ne connaissait pas de saisons, pas de pluie, pas de vent \u2013 j&#8217;avais parfois l&#8217;impression de vivre un avant-go\u00fbt de l&#8217;enfer.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Bah, alors, Jean\u00a0! tonna une voix presque dans mon oreille. On a du vague \u00e0 l&#8217;\u00e2me\u00a0?<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je tournai la t\u00eate et d\u00e9couvris Marin, un sourire sur ses l\u00e8vres aussi fines qu&#8217;us\u00e9es. Ses petits yeux bleus moqu\u00e8rent avec gentillesse ma m\u00e9lancolie.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Non, non, r\u00e9pondis-je. J&#8217;essayais d&#8217;apercevoir autre chose que cette mer d\u00e9primante.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Les sourcils blancs et touffus de mon interlocuteur se hauss\u00e8rent sous la surprise.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Mais tu ne verras rien\u00a0! s&#8217;exclama-t-il. Je te l&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 dit\u00a0: Harvill t&#8217;a vendu du r\u00eave\u00a0! Il faut au moins quinze jours pour traverser cette horreur.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je soupirai, las. Marin me donna une tape dans l&#8217;\u00e9paule.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Te bile pas, va\u00a0! On arrivera bien un jour\u00a0!<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je scrutai son visage \u00e9maci\u00e9. Sa courte barbe courrait jusqu&#8217;\u00e0 ses oreilles o\u00f9 de rares cheveux filasses peinaient \u00e0 couvrir son cr\u00e2ne rosi. L&#8217;allure ravag\u00e9e de Marin tranchait avec l&#8217;espi\u00e8glerie de son regard.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Nous parlions souvent de la mer, la vraie. Lui aussi avait habit\u00e9 sur Terre, le long des hautes digues qui prot\u00e9geaient le peu de villes encore \u00e9pargn\u00e9es par les flots. Jadis, il y avait \u00e9t\u00e9 matelot. J&#8217;avais eu tout le loisir d&#8217;\u00e9couter maints r\u00e9cits, fantasm\u00e9s ou non \u2013 quelle importance \u2013, sur le courageux moussaillon face aux caprices de la grande dame. Revisiter les plages et l&#8217;oc\u00e9an de mon enfance, m\u00eame \u00e0 travers les souvenirs d&#8217;un autre, me faisait un bien fou.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Allez, petite t\u00eate\u00a0! s&#8217;\u00e9poumona-t-on non loin de nous. Bosse un peu\u00a0!<\/p>\n<p class=\"Standard\">Une voix caverneuse, grasse\u00a0: je reconnus le Doc. Je me penchai en arri\u00e8re et d\u00e9couvris la silhouette imposante du gros homme qui remontait la coursive. Son visage, tel celui d&#8217;un poupon, se pr\u00e9sentait rose et rond, et son corps n&#8217;affichait pas autre chose que des boursouflures tant il \u00e9tait corpulent. Il paraissait de prime abord sympathique, mais il ne se r\u00e9v\u00e9lait rien de moins qu&#8217;un tyran. Sa victime du moment, Thibault, courbait l&#8217;\u00e9chine. L&#8217;adolescent ne brillait pas par sa vivacit\u00e9 d&#8217;esprit et cette particularit\u00e9, plus que son jeune \u00e2ge, avait fait de lui le souffre-douleur de la brute. Le pauvret plaquait ses mains sur son cr\u00e2ne tandis que sa longue face exprimait la peur.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je sentis ma col\u00e8re grandir. J&#8217;aurais voulu m&#8217;interposer, remettre la grosse boule \u00e0 sa place, mais je connaissais les cons\u00e9quences. Les m\u00eames sc\u00e8nes se d\u00e9roulaient dans les usines et les apprentis h\u00e9ros finissaient plus souvent \u00e0 l&#8217;infirmerie que leurs prot\u00e9g\u00e9s. La honte me submergea quand je r\u00e9alisai que je n&#8217;avais pas les tripes pour jouer ce r\u00f4le, surtout pas sur un petit bateau vivant en autarcie \u2013 surtout pas contre le Doc. Marin m&#8217;avait racont\u00e9 comment cette brute avait menac\u00e9 de lui couper une oreille s&#8217;il le d\u00e9non\u00e7ait. Ma l\u00e2chet\u00e9 \u00e9galait celle du vieux, et sans doute celle du capitaine, car je peinais \u00e0 croire qu&#8217;Harvill ignore ce qui se passait sur son navire.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Que je le m\u00e9prisais, cet Harvill\u00a0! L&#8217;homme ne sortait pas de la cabine de pilotage et ne daignait recevoir personne. Cette condescendance commen\u00e7ait \u00e0 me taper sur les nerfs, tout comme les violences de la boule sur le gamin, la passivit\u00e9 de Marin et la sensation insupportable que je n&#8217;arriverais pas \u00e0 temps aupr\u00e8s d&#8217;Annabelle.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je me d\u00e9tachai de la rambarde, puis remontai la coursive jusqu&#8217;\u00e0 la proue. Une porte close se dressa entre moi et l&#8217;objet de ma frustration. Je frappai sans retenue.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Harvill\u00a0! criai-je. C&#8217;est Jean. Je voudrais vous parler.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Rien.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Harvill\u00a0?<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je coupai ma respiration et \u00e9coutai, sur le qui-vive. Aucun bruit ne se r\u00e9percuta dans la pi\u00e8ce. J&#8217;entendais seulement le frottement d\u00e9licat du p\u00e9trole sur la coque et le ronronnement pr\u00e9gnant des moteurs.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Il doit cuver son vin, m&#8217;indiqua une voix dans mon dos.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je me tournai. Ludvig Jabson s&#8217;appuyait \u00e0 la balustrade, les mains dans les poches de son pantalon de costume et sa chemise d\u00e9faite. Son visage blafard se couvrait d&#8217;une couche lisse qui r\u00e9fl\u00e9chissait les timides lumi\u00e8res\u00a0: sa sueur, probablement. Moi aussi je transpirais \u00e0 n&#8217;en plus pouvoir dans cette \u00e9tuve. Ses l\u00e8vres sous sa moustache bien ras\u00e9e me gratifi\u00e8rent d&#8217;un sourire franc.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Monsieur Jabson \u00e9tait l&#8217;instigateur de cette \u00e9quip\u00e9e. Cet entrepreneur, autrefois riche et influent, avait tout mis\u00e9 sur ce voyage. Sa compagnie perdait du terrain en face des mastodontes du secteur qui avaient rafl\u00e9 tous les contrats de transport du continent sud. Jabson ne pouvait plus envoyer sa production directement dans les \u00e9toiles, il fallait \u00e0 pr\u00e9sent qu&#8217;il la charge \u00e0 bord de ces avions de fret en partance pour le spatioport du continent nord. Des trajets co\u00fbteux et \u00e0 la capacit\u00e9 trop r\u00e9duite\u00a0; la fin de son empire approchait. Sa seule chance restait de montrer que l&#8217;interdiction de naviguer se r\u00e9v\u00e9lait infond\u00e9e. Il n&#8217;avait rien trouv\u00e9 de mieux pour le prouver que d&#8217;embarquer, lui et sa jeune femme, sur ce bateau.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 J&#8217;aimerais pouvoir le bl\u00e2mer, continua l&#8217;homme d&#8217;une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es. Mais cette chaleur me pousserait, moi aussi, \u00e0 boire tout mon saoul.<\/p>\n<p class=\"Standard\">La nouvelle de l&#8217;alcoolisme de notre capitaine ne m&#8217;\u00e9tonnait gu\u00e8re\u00a0: elle me confortait dans la pi\u00e8tre image que j&#8217;avais de lui. Ludvig s&#8217;appuya \u00e0 la rambarde.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Je r\u00e9alise que choisir un tel commandant pour un voyage si risqu\u00e9 \u00e9tait une erreur, soupira-t-il. Mais, \u00e0 pr\u00e9sent, nous devons aller au bout\u00a0!<\/p>\n<p class=\"Standard\">Il paraissait vouloir discuter et je m&#8217;installai \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Son regard se perdait au-dessus de la mer de p\u00e9trole.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Beaucoup de personnes trouvent cette plan\u00e8te hideuse, dit-il. Je pense au contraire qu&#8217;elle nous rend\u2026 plus apais\u00e9s. Et vous\u00a0?<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Je ne sais pas trop, r\u00e9pondis-je, poli. Je suppose que sans les odeurs et la chaleur, l&#8217;endroit se montrerait plus plaisant.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Oui, l&#8217;odeur a de quoi faire tourner de l&#8217;\u0153il, je le conc\u00e8de, grima\u00e7a-t-il. Mais, voyez \u00e7a\u00a0!<\/p>\n<p class=\"Standard\">Il d\u00e9signa la mer.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 On fore, on creuse, on dynamite\u00a0: on d\u00e9pense des millions pour r\u00e9colter du p\u00e9trole\u00a0! Et ici, on a juste \u00e0 se baisser pour le ramasser. Quand je consid\u00e8re cet oc\u00e9an, je sens l&#8217;avenir, pas sa puanteur.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u00ab\u00a0Un r\u00eave d&#8217;industriel\u00a0\u00bb, hein\u00a0? Si l&#8217;humanit\u00e9 ne s&#8217;\u00e9tait ent\u00eat\u00e9e dans la p\u00e9trochimie pour caresser les d\u00e9sirs des puissants, la crise \u00e9nerg\u00e9tique rel\u00e8verait du pass\u00e9. Je ne doutais pas que nous allions pomper toutes les richesses de cette plan\u00e8te jusqu&#8217;\u00e0 la derni\u00e8re goutte, pour ensuite partir ailleurs en laissant nos usines abandonn\u00e9es comme seuls vestiges. Qui s&#8217;en serait plaint\u00a0? Aucune vie n&#8217;existait sur ce caillou.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Enfin, aucune\u2026 except\u00e9 celle-l\u00e0\u00a0!<\/p>\n<p class=\"Standard\">Un ver nageait le long de la coque. Son corps rose, qui devait avoisiner les soixante centim\u00e8tres de diam\u00e8tres, ondulait \u00e0 la surface. Je ne savais rien sur ces \u00eatres et, \u00e0 part ceux en morceaux que nous devions retirer des turbines, je n&#8217;en avais jamais vu de vivants. On disait ces tubes de chair pourvus de deux orifices\u00a0: un pour aspirer tout ce qui passait \u00e0 port\u00e9e, l&#8217;autre pour \u00e9jecter leurs excr\u00e9ments, et la compagnie les traitait comme des organismes inoffensifs. Mais je restais m\u00e9fiant. L&#8217;humain paraissait trop massif pour faire partie de leur r\u00e9gime alimentaire, n\u00e9anmoins, je me demandais si certains de leurs cong\u00e9n\u00e8res n&#8217;exc\u00e9daient pas les deux m\u00e8tres record recens\u00e9s. Apr\u00e8s tout, nous ne connaissions rien de ce monde.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Regardez-moi \u00e7a\u00a0! m&#8217;interpella Jabson en d\u00e9signant le nouveau venu. En voil\u00e0 un qui ne se plaint pas\u00a0! Il me donnerait presque envie de me dandiner avec lui.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Moi, pas vraiment. En fait, cela me couperait plut\u00f4t l&#8217;app\u00e9tit. Je changeai de sujet\u00a0:<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Et votre \u00e9pouse, monsieur, comment se porte-t-elle\u00a0? Cela fait trois jours que nous ne l&#8217;avons vue.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je n&#8217;avais aper\u00e7u Helena Jabson qu&#8217;\u00e0 deux reprises depuis notre d\u00e9part. Je ne savais que dire d&#8217;elle \u00e0 part qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une tr\u00e8s belle femme. \u00c0 sa peau lisse et \u00e0 son teint de p\u00eache, j&#8217;estimais son \u00e2ge dans la vingtaine. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de son mari, vieilli pr\u00e9matur\u00e9ment par l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9, elle rayonnait.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Jabson se tourna vers moi. Ses yeux parurent s&#8217;animer d&#8217;une certaine fantaisie.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Oh, elle va bien, r\u00e9pondit-il. Elle pr\u00e9f\u00e8re b\u00e9n\u00e9ficier de l&#8217;air plus sain de la cabine.<\/p>\n<p class=\"Standard\">L&#8217;int\u00e9r\u00eat envahissant du capitaine pour son invit\u00e9e expliquait mieux l&#8217;isolement de la jeune femme. Harvill n&#8217;avait eu de cesse de papillonner autour d&#8217;elle et sa galanterie intrusive avait d\u00fb lui peser.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Oui, je comprends, dis-je afin d&#8217;\u00e9luder ce sujet.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Ne vous en faites pas, s&#8217;amusa Jabson. Vous retrouverez tr\u00e8s vite votre Annabelle et elle pourra vous assommer de critiques quant \u00e0 votre absence durant ces durs mois\u00a0!<\/p>\n<p class=\"Standard\">Je ris \u00e0 sa remarque. Je ne doutais pas qu&#8217;elle me reproche tout un tas de choses. Je restais l&#8217;idiot qui nous avait fait venir dans ce trou et l&#8217;imb\u00e9cile qui continuait de travailler au lieu de d\u00e9missionner.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u2014 Vous devriez profiter de la travers\u00e9e pour vous ressourcer, m&#8217;encouragea mon interlocuteur. Qui sait, vous pourriez m\u00eame commencer \u00e0 l&#8217;aimer, cette mer.<\/p>\n<p class=\"Standard\">Peu de chance\u00a0: je la ha\u00efssais. Si la politesse ne m&#8217;avait musel\u00e9, j&#8217;aurais pu dire combien sa l\u00e9thargie et sa lourdeur m&#8217;oppressaient. Je me sentais d&#8217;ailleurs ext\u00e9nu\u00e9, presque alangui\u00a0; je ne savais si l&#8217;air \u00e9touffant provoquait cette fatigue ou si le mouvement lent et ample du bateau ne me rendait pas malade.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\u00c0 cet instant, j&#8217;eus l&#8217;impression de perdre pied.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e8re de toutes les m\u00e8res &nbsp; Bien avant d&#8217;atterrir sur ce monde poubelle, j&#8217;avais connu la mer, la vraie, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":698,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"page-templates\/full-width-page.php","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"jetpack_post_was_ever_published":false,"footnotes":""},"class_list":["post-136","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/P9nlNh-2c","jetpack-related-posts":[{"id":134,"url":"https:\/\/julie-limoges.fr\/?page_id=134","url_meta":{"origin":136,"position":0},"title":"La m\u00e8re de toutes les m\u00e8res","author":"Kyvar","date":"19 March 2015","format":false,"excerpt":"Employ\u00e9 d'une raffinerie sur une plan\u00e8te recouverte de p\u00e9trole, Jean travaille chaque jour avec acharnement. 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