{"id":660,"date":"2015-10-19T09:50:05","date_gmt":"2015-10-19T08:50:05","guid":{"rendered":"https:\/\/julielimoges.wordpress.com\/?page_id=660"},"modified":"2015-10-19T09:50:05","modified_gmt":"2015-10-19T08:50:05","slug":"extrait-mains-de-mort","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/julie-limoges.fr\/?page_id=660","title":{"rendered":"Extrait : Mains de Mort"},"content":{"rendered":"<div style=\"overflow:hidden;text-align:justify;\">\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><span style=\"font-size:140%;color:#666;\"><b>Mains de Mort<\/b><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019homme s\u2019effondra d\u00e8s que mes doigts effleur\u00e8rent la peau de son visage. Il s\u2019\u00e9croula sur le sol humide, fauch\u00e9 par la mort en un instant. Crev\u00e9 en plein vol.<\/p>\n<p>La femme tomba \u00e0 genoux \u00e0 la vue de son compagnon \u2013 sans doute son mari \u2013 vautr\u00e9 sur les dalles de b\u00e9ton. Sa robe de tissu \u00e9pais se gorgea aussit\u00f4t de la pluie noire qui ruisselait sur les murs et badigeonnait toute la cour. Son regard resta fix\u00e9 sur la forme inerte, puis vint se poser sur moi tandis que j\u2019avan\u00e7ais vers elle. Ses mains et ses l\u00e8vres trembl\u00e8rent un peu plus \u00e0 chacun de mes pas. Ses yeux livides renvoyaient \u00e0 peine la lumi\u00e8re crue des n\u00e9ons accroch\u00e9s aux toitures de la galerie qui empi\u00e9tait sur le patio.<\/p>\n<p>\u2014 S\u2019il vous pla\u00eet ! glapit-elle, sa voix \u00e9trangl\u00e9e. Ne faites pas \u00e7a !<\/p>\n<p>Elle allait supplier, je m&#8217;y attendais, comme les centaines d\u2019autres avant elle. Certes, certains faisaient preuve de courage devant la mort. N\u00e9anmoins, l\u2019immense majorit\u00e9 des condamn\u00e9s \u00e0 la renaissance sollicitait \u00e0 corps et \u00e0 cris la cl\u00e9mence des institutions qu\u2019ils avaient sciemment bafou\u00e9es. Un pardon qu\u2019ils savaient pourtant impossible.<\/p>\n<p>\u2014 Vous ne pouvez pas faire \u00e7a ! hurlait-elle \u00e0 pr\u00e9sent. Regardez-la ! Regardez-la !<\/p>\n<p>La fillette derri\u00e8re elle me scrutait de ses grands yeux clairs. Elle ne comprenait probablement pas pourquoi sa m\u00e8re s&#8217;\u00e9poumonait ainsi. Ou pourquoi son p\u00e8re ne se relevait pas.<\/p>\n<p>J\u2019en avais vu des dizaines par le pass\u00e9, de ces pauvres gosses perdus, incapables de r\u00e9aliser la faute de leurs parents. Je ne cillerai pas plus que la fois d\u2019avant. C\u2019\u00e9tait mon r\u00f4le. C\u2019\u00e9tait mon destin. Un don aux airs de mal\u00e9diction. Un fardeau.<\/p>\n<p>Le large chapeau noir sur mon chef ne camouflait plus mon h\u00e9sitation. \u00c0 l\u2019image de mon long manteau sombre et de ma tenue de cuir, il p\u00e9trifiait mes cibles et les confortait dans leur impuissance. Cela r\u00e9duisait le nombre de courses-poursuites et les souffrances inutiles.<\/p>\n<p>Je m\u2019arr\u00eatai devant la femme.<\/p>\n<p>\u2014 S\u2019il vous pla\u00eet\u2026, bredouilla-t-elle en baissant les yeux.<\/p>\n<p>Elle pleurait, maintenant. Ses larmes se diluaient dans les eaux grises du ciel qui tombaient sur ses cheveux avant de couler sur son front.<\/p>\n<p>\u2014 S\u2019il vous pla\u00eet\u2026<\/p>\n<p>Je m\u2019accroupis, juste \u00e0 sa hauteur, et tendis une main vers son visage blafard, comme pour essuyer ses joues. Mon pouce fr\u00f4la leur peau rose. Sans un cri de surprise ou de douleur, elle s&#8217;\u00e9croula dans mes bras. Inerte. Morte.<\/p>\n<p>Je la laissai choir doucement sur le b\u00e9ton mouill\u00e9, puis relevai la t\u00eate vers la fillette. Elle fixait sa m\u00e8re, incapable de d\u00e9cider si elle devait accourir ou fuir. Que savait-elle du tr\u00e9pas ? Son corps pouvait vivre jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps, \u00e0 l&#8217;instar de tous nos semblables entass\u00e9s dans ce monde trop \u00e9troit. Elle ne f\u00eaterait pourtant pas son dixi\u00e8me anniversaire : on m\u2019avait envoy\u00e9 pour cela.<\/p>\n<p>Sa naissance n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e ; ses parents avaient bafou\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre. La peine pour leur crime \u00e9tait unique et ne connaissait aucune commuabilit\u00e9. Tous ceux qui entravaient son ex\u00e9cution se voyaient <em>de facto<\/em> condamn\u00e9s au m\u00eame sort. Les fen\u00eatres sur la cour avaient \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es, les portes claqu\u00e9es et les regards d\u00e9tourn\u00e9s. Personne n\u2019\u00e9tait venu les soutenir. Ils n\u2019existaient d\u00e9j\u00e0 plus pour leur famille ou leurs amis. La mort \u00e9tait devenue une honte, un d\u00e9shonneur.<\/p>\n<p>Je me relevai et me dirigeai vers la gamine. Elle ne recula pas \u00e0 mon approche.<\/p>\n<p>Je sentis mes tripes se serrer tandis que ma main descendait vers ses cheveux d\u2019or. Cependant, mon geste demeura s\u00fbr. Il plongea la petite fille dans une torpeur dont elle ne se r\u00e9veillerait jamais. Mon c\u0153ur ne connaissait aucun plaisir ni aucun remord, seulement une compassion honn\u00eate, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre profonde, et la satisfaction du devoir accompli. Un retour \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre.<\/p>\n<p>Je sortis mon calepin de ma poche et v\u00e9rifiai que ma journ\u00e9e \u00e9tait bien finie. Je ne pris pas la peine de rayer les noms, pas plus que je ne l\u2019avais effectu\u00e9 pour ceux des pages pr\u00e9c\u00e9dentes \u2013 \u00e0 quoi bon ! Les fonctionnaires n\u2019avaient m\u00eame pas qualifi\u00e9 le sexe de cette enfant indigne et un \u00ab default \u00bb d\u00e9figurait sa ligne. Je d\u00e9gageai le stylo de la reliure en spirale et griffonnai un \u00ab\u00a0Jolis Yeux \u00bb \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;appellation injurieuse.<\/p>\n<p>Je mettais un point d\u2019honneur \u00e0 me souvenir de chaque visage. Une lubie futile autant qu\u2019inutile ; une fa\u00e7on de sauvegarder mon humanit\u00e9, supposais-je. Un rictus assombrit ma face \u00e0 cette pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Je d\u00e9cidai de ne pas attendre la brigade de recouvrement des corps et quittai les lieux. Je m\u2019extirpai de l\u2019escalier insalubre quelques minutes plus tard et d\u00e9bouchai dans la rue. Le trafic \u00e9tait dense au pied des barres d\u2019immeubles. Les voitures klaxonnaient \u00e0 n\u2019en plus finir, bloqu\u00e9es dans une m\u00eal\u00e9e qui filait \u00e0 perte de vue dans les deux sens. Les lumi\u00e8res de leurs phares \u00e9clairaient la chauss\u00e9e d\u00e9tremp\u00e9e et les hautes fa\u00e7ades lugubres. Elles y r\u00e9v\u00e9laient des balcons d\u00e9cr\u00e9pis et des fen\u00eatres bris\u00e9es, calfeutr\u00e9es avec les moyens du bord. La peinture \u00e9caill\u00e9e subsistait \u00e7\u00e0 et l\u00e0, tout comme les tiges dess\u00e9ch\u00e9es depuis des ann\u00e9es d\u2019une quelconque plante disparue depuis.<\/p>\n<p>L\u2019on pouvait observer ses derni\u00e8res cons\u0153urs dans les bocaux des mus\u00e9es d\u2019histoire naturelle, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de b\u00eates empaill\u00e9es dont seuls les \u00e9criteaux rappelaient les noms. Le monde \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9sent de b\u00e9ton et d\u2019hommes, en quantit\u00e9 \u00e9gale. Juste ce qu\u2019il fallait d\u2019\u00e9quilibre.<\/p>\n<p>Les murs gris s\u2019\u00e9tendaient \u00e0 l\u2019infini. Ils abritaient les ultimes habitants de la Terre, agglutin\u00e9s par milliards dans des sourici\u00e8res minuscules. Leur vieillissement bloqu\u00e9 dans leur trentaine. Immortels. Le r\u00eave de l\u2019humanit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Et quel r\u00eave ! Entass\u00e9s dans une mis\u00e8re grandissante, nourris \u00e0 renfort de pastilles chimiques et d\u2019eau synth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Pourtant, nous \u00e9tions pr\u00eats \u00e0 tout pour garder ce <em>statu quo<\/em>, cet \u00e9quilibre pr\u00e9caire qui garantissait notre survie. Une naissance pour une renaissance, telle demeurait l\u2019unique loi d\u00e9mographique. Les listes d\u2019attente pour concevoir un enfant devaient effectuer trois fois le tour de la plan\u00e8te, maintenant !<\/p>\n<p>Je contemplai, devant moi, les files de voitures tout aussi interminables. Je n\u2019allais pas prendre racine dans ces bouchons. Je sortis mon connecteur et appelai un taxi volant. L\u2019appareil m\u2019assura sur son \u00e9cran holographique que mon chauffeur arrivait. J\u2019en profitai pour d\u00e9couvrir la m\u00e9t\u00e9o des soixante prochains jours : nuages \u00e9pais et pluies acides. Un \u00e9t\u00e9 pourri !<\/p>\n<p>Dix minutes plus tard, la lumi\u00e8re \u00e9clatante au-dessus de moi m\u2019indiqua que mon v\u00e9hicule a\u00e9roport\u00e9 descendait. Sa silhouette allong\u00e9e oblit\u00e9ra peu \u00e0 peu celles des immeubles alentour tandis que quelques-uns de ses confr\u00e8res filaient sur le ciel noir. Le mastodonte de six m\u00e8tres bouscula de plusieurs coups de sir\u00e8nes les voitures, qui mont\u00e8rent sur les trottoirs, avant de se poser sans h\u00e9sitation au milieu du trafic.<\/p>\n<p>Je traversai aussit\u00f4t et m\u2019engouffrai \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align:center;\">***<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les rues et les blocs d\u2019immeubles d\u00e9filaient sans interruption. O\u00f9 que je pose les yeux, je ne discernais que \u00e7a. Je les regardais sans vraiment les voir, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la fen\u00eatre du vaste habitacle. Soudain, mon connecteur \u00e9mit plusieurs bips brefs. Je le sortis de mon manteau et lus sur l\u2019\u00e9cran le nom de mon correspondant : sir William Tate. Je m\u2019\u00e9tonnai d\u2019un appel si rapide.<\/p>\n<p>\u2014 Communication, dis-je sans enthousiasme.<\/p>\n<p>Les axes des deux anneaux de l\u2019appareil pivot\u00e8rent avant de projeter une image holographique au centre du v\u00e9hicule. Le fonctionnaire portait sa tenue r\u00e9glementaire et \u00e9tait install\u00e9 derri\u00e8re un bureau au design \u00e9pur\u00e9. Il arborait de courts cheveux gomin\u00e9s qui r\u00e9v\u00e9laient son front haut. Son long nez se terminait sur une petite bouche serr\u00e9e, au-dessus d\u2019un menton qui l\u2019\u00e9tait tout autant. Ses yeux aux iris noirs semblaient franchir la distance qui nous s\u00e9parait pour venir me transpercer de leur intensit\u00e9.<\/p>\n<p>\u2014 Nos syst\u00e8mes m&#8217;indiquent que vos missions se sont bien pass\u00e9es, d\u00e9clara-t-il pour me saluer.<\/p>\n<p>J\u2019acquies\u00e7ai de la t\u00eate : les trente personnes \u00e9taient raide mortes.<\/p>\n<p>\u2014 Parfait, continua-t-il, satisfait. La brigade de recouvrement a pris du retard, j\u2019aurais toutefois appr\u00e9ci\u00e9 que vous restiez sur les lieux pour \u00e9viter une subtilisation des corps.<\/p>\n<p>\u2014 Aucun cas de cannibalisme n\u2019a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 dans ce secteur, l\u00e2chai-je pour ma d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Le cannibalisme, une nouvelle mode ! L\u2019avantage des cadavres, pour ces d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, c\u2019\u00e9tait qu\u2019ils ne portaient pas plainte. Je comprenais l\u2019inqui\u00e9tude de Tate. Je n\u2019avais cependant pas souhait\u00e9 tra\u00eener dans ce bouge. Cette journ\u00e9e n\u2019en finissait pas\u2026 Les peines \u00e9tant ex\u00e9cut\u00e9es, j\u2019aspirais maintenant au repos. Mon interlocuteur coupa court \u00e0 mes douces esp\u00e9rances :<\/p>\n<p>\u2014 J\u2019imagine \u00e0 votre pr\u00e9cipitation que vous voulez profiter de vos jours de r\u00e9cup\u00e9ration. J\u2019ai peur que ce ne soit pas pour tout de suite.<\/p>\n<p>\u2014 Ah ? dis-je avec une neutralit\u00e9 qui ne d\u00e9notait pas mon agacement.<\/p>\n<p>\u2014 Nous avons re\u00e7u une requ\u00eate prioritaire pour une renaissance. Un enfant non autoris\u00e9 dans le secteur 5.<\/p>\n<p>Quoi ? Un marmot de plus \u00e0 \u00e9radiquer ? Je ne voyais pas l\u2019urgence de priver ce gosse de quelques jours de plus\u2026 Les drones de contr\u00f4les de Tate ne prenaient certes pas de vacances \u2013 ils scannaient sans rel\u00e2che la ville et d\u00e9nichaient les pauvres \u00e2mes sans puce d\u2019identit\u00e9. Moi, je n\u2019\u00e9tais pas un robot.<\/p>\n<p>\u2014 Et cela ne peut pas attendre ? l\u00e2chai-je, maintenant clairement exasp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>\u2014 Cette demande est issue du cabinet du pr\u00e9sident, expliqua Tate. Elle doit \u00eatre trait\u00e9e au plus vite.<\/p>\n<p>\u2014 Envoyez quelqu\u2019un d\u2019autre, alors, lan\u00e7ai-je avec moquerie.<\/p>\n<p>Mon interlocuteur n\u2019appr\u00e9cia pas mon sarcasme. Il conserva toutefois son imperturbable grimace.<\/p>\n<p>\u2014 Vous \u00eates le seul dans ce secteur.<\/p>\n<p>Soixante-dix milliards d\u2019hommes et tout juste assez de for\u00e7ats capables de renvoyer dans la tombe ceux condamn\u00e9s par les institutions. Mes journ\u00e9es \u00e0 rallonge n\u2019\u00e9taient pas pr\u00eates de se r\u00e9duire. Quelle plaie ! Mes pairs \u00e9taient r\u00e9partis dans des zones bien distinctes et jamais je ne les avais crois\u00e9s. L\u2019Office craignait-il que nous nous entretuions jusqu\u2019au dernier ? Assomm\u00e9s par les richesses, les avantages et la qualit\u00e9 de vie outranci\u00e8re dont nous jouissions, les gouvernants s\u2019assuraient pourtant de notre ob\u00e9issance.<\/p>\n<p>\u2014 Je sais, r\u00e9torquai-je en gardant mes r\u00e9flexions pour moi.<\/p>\n<p>\u2014 Votre cible se trouve probablement dans le ghetto Est, dans les sous-sols, exposa Tate.<\/p>\n<p>\u2014 Chez les Pr\u00eacheurs, donc.<\/p>\n<p>Cela expliquait le \u00ab probablement \u00bb ainsi que l\u2019urgence de ma mission.<\/p>\n<p>\u2014 Pr\u00e9cis\u00e9ment, confirma mon interlocuteur. Il semblerait que ces d\u00e9linquants fomentent quelque chose d\u2019assez cons\u00e9quent. Votre cible est cet enfant, mais vous \u00eates vivement encourag\u00e9 \u00e0 faire rena\u00eetre le maximum d\u2019agitateurs. Pour l\u2019exemple.<\/p>\n<p>\u2014 Vous avez des familles influentes sur les listes d\u2019attente des naissances, l\u00e2chai-je avec un rictus.<\/p>\n<p>Tate soupira \u00e0 ma remarque.<\/p>\n<p>\u2014 Le maintien de l\u2019\u00e9quilibre est une question primordiale de s\u00e9curit\u00e9 publique, me sortit-il avec la conviction de celui qui lit mot \u00e0 mot un livre. Deux escouades de police sont sur les lieux. Ils vous mettront au pas les plus virulents. Je transmets le dossier \u00e0 votre connecteur. J\u2019attends de vos nouvelles au plus vite.<\/p>\n<p>\u2014 Vous les aurez en temps et en heure.<\/p>\n<p>Son ton pressant ne me seyait gu\u00e8re. Il r\u00e9pondit d\u2019un simple mouvement de t\u00eate et l\u2019hologramme disparut. J\u2019appuyai sans tarder sur le bouton de l\u2019interphone du taxi pour lui donner ma nouvelle destination. Je repartais pour deux heures de vol \u00e0 dix minutes de chez moi. J\u2019imaginai mon lit et la douce temp\u00e9rature de mon appartement.<\/p>\n<p>La mort ne pouvait pas patienter quelques heures de plus\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align:center;\">***<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e0 peine descendu du taxi, pos\u00e9 sur une aire cercl\u00e9e de v\u00e9hicules \u00e0 l\u2019allure bien mena\u00e7ante, que le chef des escouades m\u2019interpella. L\u2019homme, engonc\u00e9 dans une \u00e9paisse armure noire synth\u00e9tique, garda ses distances.<\/p>\n<p>\u2014 Lieutenant Julius, se pr\u00e9senta-t-il, vo\u00fbt\u00e9 sous la pluie battante. Nous vous attendions.<\/p>\n<p>Une mani\u00e8re polie de me dire que je les avais fait mariner. Je hochai simplement la t\u00eate. Il ne sembla pas en prendre ombrage.<\/p>\n<p>\u2014 Le p\u00e9rim\u00e8tre est s\u00e9curis\u00e9 et les d\u00e9linquants ma\u00eetris\u00e9s.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 ? Soit ils n\u2019avaient rencontr\u00e9 aucune r\u00e9sistance, soit les consignes donn\u00e9es les avaient forc\u00e9s \u00e0 accomplir leur t\u00e2che avec un z\u00e8le inhabituel. Ce soudain professionnalisme me conforta dans l\u2019id\u00e9e que cette mission sentait plus mauvais que les effluves des plaques d\u2019\u00e9gout sous nos pieds.<\/p>\n<p>Je suivis le lieutenant dans le hall de l\u2019immeuble voisin, puis dans des escaliers sombres et sales qui nous men\u00e8rent dans les sous-sols. Mon contact me devan\u00e7ait de quelques pas et je me doutais qu\u2019il ne souhaitait pas que je l\u2019approche de trop pr\u00e8s. \u00c0 l\u2019instar du personnel de l\u2019Office, la police n\u2019appr\u00e9ciait mon travail soign\u00e9 que de tr\u00e8s loin.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs couloirs aux cloisons tagu\u00e9es et \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9touffante, nous d\u00e9bouch\u00e2mes dans une vaste salle gard\u00e9e par des agents. \u00c0 la peinture d\u00e9lav\u00e9e sur les parois et au sol de b\u00e9ton, nous nous trouvions dans un ancien parking souterrain. Toutefois, \u00e0 la place des v\u00e9hicules, des tentes remplissaient l\u2019espace. Les n\u00e9ons jaun\u00e2tres \u00e9clairaient un campement de fortune fait de b\u00e2ches macul\u00e9es et de t\u00f4les rouill\u00e9es. Des tonneaux r\u00e9cup\u00e9raient l\u2019eau croupie qui gouttait des plafonds noircis, et des carcasses de rats ou de cafards des tunnels \u2013 dur de juger \u00e0 leur \u00e9tat \u2013 s\u2019entassaient sur les poubelles. L\u2019insalubrit\u00e9 des lieux me saisit et je retins ma respiration.<\/p>\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de ce village mis\u00e9rable, Julius s\u2019arr\u00eata et d\u00e9signa le mur \u00e0 ma droite. Une trentaine de personnes \u00e9taient regroup\u00e9es l\u00e0, align\u00e9es contre le b\u00e9ton. On les avait forc\u00e9es \u00e0 se tourner face \u00e0 la paroi. Certaines \u00e9taient assises, d\u2019autres debout, appuy\u00e9es sur leurs avant-bras.<\/p>\n<p>Je connaissais cette fa\u00e7on de proc\u00e9der des policiers. Leurs ge\u00f4liers les avaient mass\u00e9s ici, car ils n\u2019avaient pas l\u2019intention de les emmener. Juste de s\u2019en d\u00e9barrasser.<\/p>\n<p class=\"Standard\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mains de Mort &nbsp; L\u2019homme s\u2019effondra d\u00e8s que mes doigts effleur\u00e8rent la peau de son visage. 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